A l’heure du grand débat national,  nous entendons différentes voix s’élever et affirmer « agir pour le peuple », en ayant l’intime conviction de le représenter.  Mais de quel peuple s’agit-il vraiment ?

Plus d’un demi-siècle avant JC, Cicéron, homme d’état romain, expliquait déjà :  « Par peuple, il faut entendre un groupe nombreux d’hommes associés les uns aux autres par leur adhésion à une même loi et par une certaine communauté d’intérêt.»

Un peuple, ce sont les membres d’une même communauté

Une communauté, c’est un groupe d’individus qui ont quelque chose en commun. Par exemple :

    • Une communauté nationale : les habitants d’un pays qui partagent une même culture nationale, qui se battent pour son développement économique, son indépendance ou son adaptation à l’environnement.  Le mot « peuple » désigne dans ce cas tous les habitants du pays.
    • Une communauté idéologique, ethnique ou professionnelle : des personnes qui ont en commun une même culture d’origine religieuse ou idéologique, qui partagent une même éthique ou mettent en commun leurs expériences professionnelles. Le peuple Juif, Arménien, Basque, Corse, Breton, Britannique, le peuple scientifique…
      Le mot « peuple » désigne dans ce cas les membres de la communauté, qui se situent généralement dans des pays différents.
    • Une communauté d’intérêt : des individus qui se regroupent pour partager des objectifs, des actions, des préoccupations, des revendications… qui peuvent être d’intérêt général comme la francophonie ou particulier comme les corporations. Le problème avec les communautés d’intérêt est que les individus se regroupent plus facilement pour défendre des intérêts particuliers ou revendiquer des privilèges personnels plutôt que pour défendre l’intérêt général. C’est la raison pour laquelle les communautés d’intérêt débouchent fréquemment sur du communautarisme ou du corporatisme. Le mot « peuple » désigne dans ce cas les membres de la communauté d’intérêt, à condition que ceux-ci soient nombreux.

Qu’elle que soit la communauté, il s’agit bien d’être vigilant à ce que celle-ci ne revendique pas des solutions personnelles sans considération de l’intérêt général.

Une société ne peut pas se construire sur des intérêts particuliers et des valeurs individuelles

Le développement des communautés est favorisé par la faiblesse de la culture nationale. Tout pays et tout particulièrement la France a besoin, non pas d’un pouvoir fort, mais d’une culture nationale forte pour :

        • Eviter la division de ses habitants ;
        • Focaliser les énergies sur des objectifs communs ;
        • Favoriser la satisfaction des besoins existentiels de chacun, dans le respect des autres.

Pour ce faire, il est nécessaire, à tout niveau de la société, de cultiver assidûment des valeurs concrètes, adaptées à l’environnement collectif. Parmi elles, le respect, le sens commun, l’éducation, la famille, l’écologie, la créativité, l’adaptabilité, la sécurité… Tout représentant du peuple doit pouvoir incarner ces valeurs pleinement afin de susciter l’adhésion du plus grand nombre.

La première préoccupation de tout chef d’état, élu démocratiquement par le peuple, est ainsi de promouvoir et cultiver des valeurs qui favorisent l’union plutôt que la division, le développement durable du pays et de ses membres plutôt que des luttes ou guerres intestines. Il dispose pour cela d’institutions telles que le système éducatif, le système social, le système fiscal, la justice, la police…

Le peuple « Français » ? … Même De Gaulle en doutait !

Si nous observons l’histoire de France, les périodes d’unité nationale sont rares. A l’origine du pays, chaque village constituait un peuple singulier. Avec la christianisation, les villages devinrent des paroisses et les guerres de clochers continuèrent à diviser les individus. Puis ce furent les seigneurs féodaux, les Catholiques et les Protestants qui se sont divisés, les aristocrates et le peuple, les ouvriers et les paysans, les royalistes et les républicains,…

L’une des périodes d’unité nationale la plus longue commença à la fin du XIXème siècle avec la troisième République jusqu’à la reconstruction qui suivit la première guerre mondiale. Mais très vite une fracture est réapparue entre laïques et catholiques, partis de gauche et de droite, puis entre résistants et collaborationnistes durant la seconde guerre mondiale.

Dans ce contexte, il a toujours été difficile pour les Français de considérer qu’ils faisaient partie d’un même « peuple ». C’est peut-être pour cela que 2 millénaires après Cicéron, Charles de Gaulle s’exclamait : “Un pays qui produit 365 sortes de fromages est ingouvernable !”

Et pourtant, il n’y a pas de pays, de sociétés ou d’entreprises prospèrent sans culture forte. C’est la raison pour laquelle nous pensons qu’il devient urgent d’intégrer la formation aux cultures dans les programmes de formation initiale et continue.