Le Japon est un pays de volcans, avec une densité de population très forte et des ressources naturelles rares. Les conflits y sont inévitables et constants. Mais en règle générale, les Japonais ne font pas appel à la discussion pour les régler, ils y risqueraient d’y perdre la face et leur dignité !

Pour mieux comprendre les dynamiques qui se sont exercées dans les rapports entre Carlos Ghosn et ses collaborateurs japonais par exemple, il est utile de comprendre les mécaniques à l’oeuvre dans l’expression des conflits au pays du soleil levant.

3 principes fondamentaux dans la gestion de conflits au Japon

1. L’amortissement

C’est comme dans les arts martiaux, vous essayez d’amortir l’agressivité de votre adversaire pour l’utiliser et en tirer profit. Les Japonais n’attaquent pas en frontal.

2. L’action et la stratégie

Si vous vous rendez compte qu’il n’y a pas/plus de synergie possible, que vous ne saurez pas/plus tirer profit des tensions en les amortissant, vous vous préparez patiemment à la confrontation avant de passer à l’action. Les Japonais vont à la confrontation s’ils ont le sentiment d’être prêts, s’ils ne craignent pas d’y perdre la face et entrevoient un résultat positif. Dans le cas contraire, ils se replient en silence.

3. L’isolement

Si après avoir essayé, les 2 principes de base précédents ne vous apportent plus de perspectives positives, il ne vous reste plus qu’une solution : isoler votre opposant pour l’éloigner et l’amener à partir. 

Les entreprises japonaises cultivent assidûment des valeurs, des pratiques et des codes communs profondément enracinés et partagés. Ne pas savoir considérer la culture des individus et amortir les différences ne peut conduire qu’à la confrontation, à l’isolement et au repli de celui qui les ignore.

L’histoire se répète : deux princes dans un château 

Une légende japonaise millénaire illustre déjà tout cela. Nous sommes au Moyen-Âge, le Japon est alors divisé et dirigé par des chefs de clans appelés “shoguns”.

Deux princes rivaux se partagent le même château. L’un d’eux veut se débarrasser de l’autre qu’il considère illégitime. Il imagine une stratégie à long terme qui consiste à édifier dans les douves, une île reliée au château par un pont, puis d’y construire un beau palais.

Il invite ensuite son rival à s’établir dans ce palais. Mais lorsqu’il y a pris ses quartiers, il fait couper le pont. Plus tard, il fait démolir sa demeure, confisquer les biens, supprimer l’île, puis le souvenir de l’indésirable…

Lorsque Carlos Ghosn dirigeait Nissan de façon hégémonique pour redresser l’entreprise, les Japonais ont amorti sa façon de faire car ils en tiraient profit. Mais lorsque les résultats furent atteints, à vouloir régner sans partage, sans respecter les valeurs et façons de faire fondamentales à la culture japonaise, Carlos Ghosn a coalisé un certain nombre de personnes contre lui. Notamment les collaborateurs qu’il a ignorés, écartés ou dont il a fait perdre la face, alors qu’ils faisaient partie de son équipe. Ces derniers n’avaient alors que deux solutions : soit se replier, soit passer à l’action.

Il est probable que certains des proches collaborateurs de Carlos Ghosn ont commencé à identifier des points faibles de leur président pour concevoir une stratégie d’éviction. Ils ont dû intriguer, provoquer et amasser des preuves pour démontrer qu’aujourd’hui, Carlos Ghosn n’avait plus sa place chez eux. Ils ont ainsi pu fédérer suffisamment de personnes pour l’isoler et l’évincer.

Au Japon, Carlos Ghosn est un étranger qui a su liguer trop de personnes contre lui. Il a été isolé dans l’entreprise, puis en prison, puis hors du Japon. Il est probable que les Japonais préféreront l’oublier plutôt que cultiver sa mémoire dans le pays avec un long procès judiciaire.

 

Crédit Photo : Le Parisien / Reuters