L’ancien dirigeant de Nissan et ses avocats sont passés à l’offensive, mardi 8 janvier,  lors de sa comparution devant le tribunal de Tokyo. Alors que l’on entrevoit enfin les prémices de sa ligne de défense, tentons de donner un éclairage nouveau à cette affaire via le prisme des différences culturelles en milieu professionnel. 

Occident, culte de l’individu et égo démesuré

Carlos Ghosn rejoint la longue liste des présidents, dirigeants et managers qui se sont laissés piéger par leur égo démesuré.

Nous avons tous un égo, il fait partie de notre nature humaine et il contribue au développement de notre personnalité. Mais s’il est surdimensionné et se conjugue avec une soif insatiable de pouvoir, d’argent et de puissance, il …
… rend aveugle, réduit l’intelligence des situations ;
… coalise d’autres personnes contre vous ;
… vous amène à oublier des valeurs sociales fondamentales à certaines cultures telles que l’Humilité, le Sens Commun, la Tolérance, le Groupe, l’Harmonie…

L’histoire est pleine de ces dirigeants aux égos démesurés qui se considèrent tout-puissants. Ils sont persuadés de détenir la vérité et refusent de considérer tout ce qui peut la contredire. Nous en avons actuellement deux exemples en Amérique du Nord et du Sud mais ces pays pratiquent le culte de l’individu depuis leurs origines alors qu’au Japon, c’est le culte du groupe qui domine !

Au Japon, l’individu n’existe pas en dehors de son Groupe

Tous les collaborateurs de Renault qui travaillent avec Nissan peuvent vous le dire : les japonais se déplacent toujours en groupe. Personne ne prend une décision seul, ils n’utilisent pas le « je ». Les chefs sont là pour assurer le consensus, la cohésion du groupe, ils démontrent son bon fonctionnement, l’absence de conflit… L’harmonie est garante du succès de l’action collective.

Or, à vouloir régner sans partage, sans respecter les valeurs fondamentales à la culture japonaise, écarter des collaborateurs japonais qui normalement devaient faire partie de son équipe, leur faire perdre la face avec des emails incendiaires… Carlos Ghosn a coalisé ses collaborateurs contre lui.

Au Japon, une compétence n’est jamais acquise, elle est toujours à démontrer

Avec notre vision occidentale, nous disons que Carlos Ghosn fut l’homme providentiel qui a sauvé Nissan de la faillite.
Et alors !

N’oublions pas qu’une culture est une adaptation à un environnement. Le Japon est une terre volcanique positionnée sur une faille sismique où les éruptions, les tremblements de terre et les tsunamis sont une réalité permanente. Ceci fait que dans la culture japonaise : rien n’est jamais acquis, tout est à prévoir. Un dirigeant comme tout manager doit toujours démontrer sa capacité à tout prévoir pour faire face au futur qui vient.

Si Carlos Ghosn fut l’homme de la situation à un moment donné, cela ne veut absolument pas dire qu’il l’est pour toujours. Si après avoir sauvé l’entreprise il ne sait pas respecter les valeurs du groupe, si son égo le rend aveugle, s’il n’a pas su prévoir le piège dans lequel il est tombé, alors il n’est plus l’homme de la situation…